De quoi peut-il bien s’agir ?
Un bastion ? C’est bien un ouvrage de fortification formant saillie, ou encore une défense, une protection, un rempart... Et de plus, « identifiant » ?
Vous êtes perplexe.
Vite, le dictionnaire… « identifiant » : qui permet de reconnaître, d’assimiler…
Voyons, rempart, fortification...Mais bien sûr, la municipalité est en train de restaurer ce qui reste des murs du château !
Désolé, vous avez tout faux.
En lisant l’édito du maire, publié dans le magazine municipal d’avril/mai, vous apprendrez que ce « bastion identifiant », c’était tout simplement…le chantier des travaux sur le quai !
Il y est question d’intégration, grâce à une « esthétique visant à marier couleur et contraste ( ?) » :
« couleur » au singulier, c’est être trop modeste, puisqu’on a le rose et le brun du revêtement, le gris des lampadaires, le blanc des mâts, le bleu vif des bornes, sans oublier cette teinte sombre et indéfinissable des taches de graisse…
Il y a, hélas, des mariages malheureux…
Bien sûr, l’autosatisfaction qui est souvent la règle dans cet exercice atteint là des sommets.
Mais pourquoi ce jargon prétentieux dénué de toute signification, destiné à en jeter plein la vue du lecteur ?
C’est un écran de fumée : derrière le vide des mots ronflants se dissimule en l’occurrence une réalisation bas de gamme, dont les défauts sont vite apparus …
Et l’édito insiste sur « l’intégration du port dans la ville qui renoue avec la culture méditerranéenne et maritime. » Intégration qui, bien sûr, n’existait donc pas auparavant et dont nous allons maintenant bénéficier, paraît-il !
De qui se moque-t-on ? Depuis ses origines, Bandol s’est bâtie autour de son port, et a grandi en osmose parfaite avec lui : prospère quand il l’était, moins quand son activité commerciale ou la pêche déclinaient, accueillant la plaisance quand le village s’est transformé en station balnéaire, au siècle dernier.
Nul besoin du nouveau maire pour soit disant « l’intégrer » !
D’autant plus qu’on a fait très exactement le contraire.
L’architecture urbaine doit être pensée dans son ensemble, pour qu’une cohérence se dégage. Or il n’y a pas eu de projet d’urbanisme bien défini : on a changé 3 fois d’avis sur la couleur du quai : lors de la réunion publique du 16 septembre dernier (mais oui, il y en a eu une …à 8h30 !) la couleur devait être identique à celle de « la voie périphérique », place de la Liberté « dans un souci d’unité » ; puis le 21 décembre, le revêtement serait « ocre clair, avec 2 bandes grenat sablé » précisait le maire, et on se retrouve avec un rose orangé de plus en plus sale.
Résultat : ni le revêtement choisi ni la couleur ne s’harmonisent avec la façade maritime de la ville. Il suffit de regarder la simulation de photo aérienne du quai parue sur le blog Bandolais.fr pour s’en convaincre.
A moins qu’on ne veuille aussi teinter de rose les rues, le quai de Gaulle etc…
Quant à la « culture méditerranéenne et maritime », l’« identité et l’authenticité provençales », qu’on invoque sans arrêt, il semblerait qu’on les préfère réduites à l’état de folklore.
Car, si l’installation de pointus sur le quai d’honneur était une bonne idée, il est fâcheux que, dans le même temps, on ait relégué sur le quai latéral les quelques pêcheurs encore en activité à Bandol, qui, eux, représentent une tradition vivante et authentique, qu’il faut valoriser et préserver à tout prix.
Et ce, sous le prétexte que leurs filets entreposés sur le quai nuisaient au standing de Bandol !
Allez expliquer aux intéressés qu’on les a mis à l’écart pour que « Bandol retrouve une harmonie (sic) avec un quai des pêcheurs délocalisé… » !